Aller au contenu

Gaspillage alimentaire Tunisie 2026 : 172 kg par habitant

Chiffres 2026, causes et solutions du gaspillage alimentaire en Tunisie.

Gaspillage alimentaire· 10 min

Une corbeille débordant de baguettes de la veille, posée sur une table de cuisine à côté d’une balance.

La Tunisie est en tête du Maghreb en matière de gaspillage alimentaire : 172 kg de nourriture jetés par personne et par an dans les foyers, bien au-dessus de la moyenne mondiale, selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Le pain en est le symbole, avec environ 900 000 pains jetés chaque jour. Ce gaspillage place la Tunisie au cœur d’un défi économique, social et environnemental que le pays ne peut plus ignorer.

En bref

La Tunisie est en tête du Maghreb pour le gaspillage alimentaire par habitant : 172 kg par personne et par an dans les foyers, selon le PNUE. Le pain est l’aliment le plus touché — 900 000 pains sont jetés quotidiennement sur l’ensemble du territoire. Ce gaspillage résulte d’une combinaison de comportements domestiques, de pertes dans les commerces et restaurants, et d’une absence historique de solutions de valorisation des invendus. Des initiatives nationales et des plateformes locales comme GetMiam, qui se lance bientôt, préparent aujourd’hui une réponse concrète.

Les chiffres clés du gaspillage alimentaire en Tunisie

172 kg par personne et par an

Selon l’Indice du gaspillage alimentaire publié par le PNUE en 2024, chaque Tunisien gaspille en moyenne 172 kilogrammes de nourriture par an à la maison. Ce chiffre place la Tunisie en tête du Maghreb et parmi les pays arabes qui gaspillent le plus — devant des pays à revenus pourtant plus élevés — et révèle que le problème n’est pas uniquement une question de pouvoir d’achat. Il touche à des habitudes culturelles, à des dysfonctionnements dans la chaîne de distribution alimentaire, et à une absence de mécanismes organisés pour récupérer et redistribuer les surplus.

À titre de comparaison, le même rapport estime la moyenne mondiale à 79 kg par personne et par an pour les ménages, et à 132 kg en comptant aussi le commerce et la restauration. Rapporté à une population de près de 12 millions d’habitants, le chiffre tunisien représente environ deux millions de tonnes de nourriture perdues chaque année.

900 000 pains jetés chaque jour

Le pain est le symbole le plus frappant de ce gaspillage. Selon les données rapportées par La Presse en janvier 2026, près de 900 000 pains sont jetés quotidiennement en Tunisie. Ce chiffre correspond à 10 % de la production nationale de blé — une ressource subventionnée par l’État — qui part directement à la poubelle, souvent en fin de journée dans les boulangeries, ou le lendemain matin dans les foyers.

Cette réalité est d’autant plus paradoxale que le pain bénéficie en Tunisie d’une subvention publique significative. L’État soutient le prix de la baguette pour la rendre accessible à tous, mais une fraction substantielle de cette production subventionnée finit dans les déchets sans avoir été consommée.

Les aliments les plus gaspillés

Les données de l’Institut National de la Consommation (INC) détaillent la structure du gaspillage alimentaire des ménages tunisiens par catégorie. Le pain arrive en tête : 15,7 % du pain acheté est jeté. Viennent ensuite les produits céréaliers (10,2 %), les légumes (6,5 %), les fruits (4,2 %), les produits laitiers (2,3 %) et les viandes (1,9 %).

Ces chiffres montrent que le gaspillage ne se concentre pas sur les produits de luxe, mais sur les aliments les plus consommés au quotidien — ce qui signifie que des solutions modestes, appliquées à grande échelle, peuvent avoir un impact considérable.

Pourquoi la Tunisie gaspille-t-elle autant ?

Les habitudes des ménages

Une part importante du gaspillage alimentaire en Tunisie prend sa source dans les foyers. La préparation en trop grandes quantités — notamment lors des repas familiaux, des fêtes et pendant le mois de Ramadan — génère des restes qui ne sont pas systématiquement réutilisés. Le pain, acheté frais chaque matin, est souvent remplacé le lendemain sans que celui de la veille soit consommé. Les légumes achetés en quantité pour la semaine se retrouvent fréquemment jetés avant d’être cuisinés.

Il s’agit rarement d’un manque de conscience — la plupart des Tunisiens savent que jeter de la nourriture est un problème moral et économique. C’est davantage une question d’infrastructures : en l’absence d’outils pratiques pour planifier les achats, réutiliser les restes ou accéder à des aliments proches de leur date limite à prix réduit, le gaspillage reste le chemin de moindre résistance.

Le problème dans la restauration et les commerces

Dans les restaurants, les pâtisseries, les boulangeries et les supermarchés, le gaspillage prend une autre forme : celle des invendus. Un restaurant qui prépare 100 couverts pour un soir chargé et n’en sert que 70 absorbe le coût des 30 restants. Une boulangerie qui produit 300 baguettes et en vend 250 jette les 50 autres en fin de journée.

Ces pertes sont comptabilisées comme des charges d’exploitation, mais elles ne bénéficient d’aucun mécanisme organisé de valorisation. Les commerçants qui souhaitent vendre leurs invendus alimentaires à prix réduit plutôt que de les jeter se heurtent encore à l’absence d’une plateforme locale dédiée.

L’impact de l’inflation sur le gaspillage

L’accélération de l’inflation alimentaire en Tunisie depuis 2022 a créé une tension paradoxale : d’un côté, les ménages aux revenus les plus faibles réduisent leurs achats alimentaires ; de l’autre, ceux qui ont les moyens continuent à acheter en quantités habituelles, parfois supérieures à leurs besoins réels. Le gaspillage ne diminue pas mécaniquement avec la hausse des prix — il se déplace et se concentre différemment selon les catégories sociales.

Pour les commerces, l’inflation des matières premières rend les pertes sur invendus encore plus douloureuses. Un restaurateur qui perd 15 % de sa production nette en fin de service subit aujourd’hui une perte financière bien plus significative qu’il y a trois ans, à coût de production équivalent.

Les conséquences économiques et environnementales

Le coût économique du gaspillage alimentaire en Tunisie se chiffre en centaines de millions de dinars chaque année, selon les estimations relayées par l’Institut National de la Consommation (INC). S’y ajoutent des coûts indirects : énergie dépensée pour produire, transporter et réfrigérer ces aliments, eau utilisée dans leur production agricole, et coûts de gestion des déchets.

Sur le plan environnemental, les aliments gaspillés libèrent du méthane lorsqu’ils se décomposent en décharge — un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est environ 28 fois supérieur à celui du CO₂ sur 100 ans. La FAO estime que si le gaspillage alimentaire mondial était un pays, il serait le troisième émetteur mondial de gaz à effet de serre, derrière la Chine et les États-Unis.

En Tunisie, cette dimension environnementale s’ajoute à une réalité sociale concrète : selon les données de l’Organisation Mondiale de la Santé, une partie de la population tunisienne souffre d’insécurité alimentaire. Le paradoxe d’une nation qui jette 172 kg par habitant et par an tout en comptant des ménages en situation de déficit alimentaire est l’une des tensions les plus difficiles à justifier.

Ce que fait la Tunisie pour lutter contre le gaspillage

Les initiatives nationales

La prise de conscience institutionnelle s’est accélérée en 2025 et 2026. L’Institut National de la Consommation a lancé une stratégie nationale de réduction du gaspillage alimentaire, développée en collaboration avec les ministères concernés — une initiative rapportée par RTCI et qui vise à créer un cadre réglementaire et éducatif structuré.

En juillet 2025, la FAO et la municipalité de Tunis ont annoncé un partenariat pour lancer l’Académie Municipale pour le Développement Durable et la Bioéconomie, une initiative inédite en Tunisie qui place la valorisation des ressources alimentaires — dont la réduction du gaspillage — au cœur de la politique urbaine de la capitale.

Ces initiatives publiques posent un cadre. Elles ne résolvent pas, à elles seules, le problème quotidien des 900 000 pains jetés ou des restaurants qui absorbent leurs pertes du soir en silence.

Les plateformes comme GetMiam

C’est dans cet espace — entre la prise de conscience institutionnelle et l’action quotidienne — que des plateformes comme GetMiam veulent intervenir. GetMiam, qui se lance bientôt en Tunisie, connectera les consommateurs aux commerces alimentaires qui ont des invendus à valoriser : boulangeries, restaurants, pâtisseries, cafés, épiceries. Les commerçants proposeront leurs surplus à prix réduit sous forme de paniers surprise ; les consommateurs les réserveront dans l’application et les récupéreront au comptoir. Les deux parties y gagnent, et la nourriture ne finit pas à la poubelle.

L’approche est directement inspirée de modèles qui ont fait leurs preuves en Europe — Too Good To Go en France, au Danemark et au Royaume-Uni — et adaptée à la réalité tunisienne : gamme de prix locale, types de commerces spécifiques, comportements d’achat propres au marché.

Comment agir concrètement en Tunisie ?

Pour les consommateurs, le premier levier est l’accès à des aliments à prix réduit. Dès le lancement de GetMiam, il sera possible de réserver des paniers surprise auprès de commerces partenaires, de récupérer des repas de qualité et de contribuer directement à réduire le volume d’invendus alimentaires dans son quartier. Au-delà de la plateforme, la planification des courses, la réutilisation des restes et le compostage domestique restent des gestes à fort impact cumulatif.

Pour les commerçants — boulangeries, restaurants, pâtisseries —, la question des invendus est avant tout une question de marge perdue. Chaque pain jeté représente un coût de production non récupéré. En rejoignant GetMiam, un commerçant pourra récupérer une partie de cette valeur plutôt que de l’absorber comme perte sèche, tout en gagnant en visibilité locale et en positionnement responsable auprès des clients. Pour les restaurants en particulier, la valorisation des invendus de fin de service est l’un des leviers les plus directs d’amélioration de la rentabilité.

Pour les entreprises, la lutte contre le gaspillage alimentaire s’inscrit naturellement dans une politique RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Proposer à ses collaborateurs un accès à des repas à prix réduit via une plateforme anti-gaspillage est un avantage concret, mesurable, et aligné avec les objectifs ESG. L’offre entreprises de GetMiam fonctionne ainsi : vous choisissez un nombre de places et achetez des MIAM Points pour vos collaborateurs, puis vous recevez un rapport d’usage et d’impact, CO₂ évité compris.

Articles complémentaires à lire ensuite

Pour prolonger cette lecture, vous pouvez aussi consulter notre introduction au gaspillage alimentaire en Tunisie, notre article sur les applications anti-gaspillage, notre guide des paniers surprise et notre comparatif des alternatives locales.